Vicente de la Serna - Français
Poésie de Vicente de la Serna
FERMETURE ÉPISODIQUE
Les pénitents ont ouvert le cercueil
de la puanteur historique,
la peste de l'homme,
la putréfaction que nous croyions
enterrée
à double tour.
Les ignorants ont libéré les ravages
du passé,
figés dans les peurs inoculées,
les délires vendus par tonnes
par les meneurs médiatiques
qui étalent aux heures de grande écoute
les souffrances de millions d'âmes.
Aujourd'hui rôdent en liberté
des loups fascistes et fanatiques
déguisés en victimes,
victimisant leurs délires
à la roulette russe
de leurs prétendues intentions.
Ceux-ci fardent leurs crimes
de sourires télévisuels,
de néons, d'annonces et de récits tronqués,
nouveaux prophètes du néant,
coriphées rances de la haine,
masturbant leurs obsessions
sur les plateaux de la finance,
banalisant l'infinie cruauté.
Un jury lobotomisé
acquiesce en cadence,
privé d'empathie
pour le voisin à la peau différente,
pour celle qui mène sa vie libre,
pour celui qui refuse l'uniforme,
pour l'esprit insoumis pointé du doigt.
La nouvelle terreur bannit à coups de fusil
les corps étrangers et leur tendresse perdue,
celle qui jadis déplaçait des montagnes...
disent-ils.
Les misérables sont revenus !
Mitraillant les libertés,
entrant dans ton lit,
décidant quels dieux tu dois servir
après leur argent.
Les misérables sont revenus !
Rejetant leurs déchets
au milieu de ta vie,
de ta paix et de ton espoir,
brandissant leurs rancœurs comme des gloires,
leurs haines comme vérités sacrées.
Je veux croire
que la joie demeure
comme l'espérance
quand l'amour semble perdu,
quand l'humanité se tord
dans la boue de l'oubli,
dans le goût de la douleur d'autrui,
je veux croire.
Si quelqu'un promet la peine,
les privations inévitables,
regarde qui il sert,
observe les comptes bancaires
de ses complices,
leurs villas lointaines.
Tu verras ces faux patriotes
exiler jusqu'à tes rêves,
assoiffés d'or
et de sang.
Quatre milliards d'années
ont formé la terre.
L'homme n'y est que depuis la dernière minute,
le temps qu'il faut à l'oppresseur
pour arracher ton droit de vivre
en détruisant d'abord les cœurs
avant de tout anéantir.
JE REGARDE AU DEHORS
Je regarde au dehors
De ses yeux
Et le monde
devient inhabitable.
J'ai contemplé, laconique,
Une explosion
Répétée
Proche
Qui vomissait des restes
Télévisés d'humanité.
Je rends grâce
Au sourire,
à un geste,
À un simple merci
avec la force d'un destin.
Pourtant je sais
Comme dans l'art
Ou dans l'amour
que rien ne suffit.
J'ai cherché à vivre
la vérité
de l'instant,
savourer le vin
comme le corps
et un échange
qui ne reviendra pas,
conscient
ou inconscient
du mensonge
qui veille
au-delà des secondes.
Peut-être la folie n'est-elle pas un mal,
mais un rempart pour l'âme.
Et je fais corps
Avec le monde
Loin, bien loin
De ses yeux.
Biographie succincte
Origines et formation
Vicente de la Serna est un écrivain et peintre d'origine chilienne. Dès son enfance, sa sensibilité artistique s'est affirmée lorsqu'une institutrice a remarqué un talent singulier dans ses esquisses. Il a grandi dans l'immensité du désert d'Atacama, bercé par l'art d'un grand-père chanteur de tangos et de boléros, et encouragé par un père artisan rêveur qui a soutenu ses élans créatifs.
Jeunesse et engagement
À partir de 1984, il entreprend des études de physique et de sciences naturelles à l'Université de La Serena. En pleine période de dictature militaire au Chili, il prend part de manière résolue aux luttes civiques et militantes.
Arrêté par l'armée lors d'une marche en 1985 puis incarcéré, il est exclu de l'université en 1986 et jugé par contumace par la justice militaire. Il vit sous mandat d'arrêt pendant près de cinq ans. Par la suite, grâce à l'obtention d'une bourse, il s'inscrit en sociologie à l'Université ARCIS de Santiago.
🎨 Parcours artistique
Parallèlement à ses engagements universitaires, Vicente de la Serna poursuit sans relâche une œuvre picturale. Entre 1987 et 1993, il expose et vend ses toiles à la galerie Casa Azul, dans le quartier bohème de Bellavista à Santiago. Afin de subvenir à ses besoins, il réalise également des réinterprétations de maîtres tels que Dalí, Picasso ou Monet, tout en y dissimulant un "R" discret pour marquer l'hommage artistique.
📖 Œuvre littéraire
Son roman le plus récent s'intitule "Cuando nacen las ausencias". Il s'est aussi fait remarquer avec le recueil poétique "24+1 Podcast para van Gogh", paru aux éditions Las Lolas. Cet ouvrage tisse un voyage sensible traversé par la mémoire, les stigmates de l'exil, la passion et la fragilité humaine. La critique y perçoit l'écho d'auteurs comme Roberto Bolaño, Pedro Lemebel et César Vallejo. Ses écrits continuent d'être traduits et diffusés à l'international.